Label, charte jaune Etude de Si c'est un homme, de Primo Levi
Le sens de l'oeuvre

 

 

Le sous-titre de l’autobiographie que consacre Myriam Anissimov à Primo Levi est : « la tragédie d’un optimiste ». Au-delà de la tragédie, pensez-vous qu’il y ait une place pour une forme d’optimisme dans Si c’est un homme ?

Le sujet ne présentait pas de grande difficulté. Il fallait juste remarquer qu’il s’agissait de l’optimisme de l’œuvre et non seulement de l’optimisme dans la vie quotidienne du Lager.


I. Une vision tragique de l’homme….

• La vie au camp est a priori une vie qui ne laisse aucune place à l’optimisme : les prisonniers n’ont plus la capacité de se projeter dans le futur, le seul optimisme qui apparaît est plus un soulagement qu’un vrai espoir (cf. une bonne journée)

• Les Allemands ont fait la preuve que le mal existait : cf. le Dr Pannwitz.

• Le Lager a révélé des aspects peu reluisants de la nature humaine, même chez les prisonniers : absence de solidarité dans l’épreuve, collaboration des élus.

Levi aurait pu perdre toute foi en l’homme et verser dans le cynisme (comme Paul Steinberg par exemple)

 

II. …Transcendée par un optimisme humaniste

• Levi a eu sous les yeux, au Lager, des exemples d’hommes qui avaient su garder intacte leur humanité et qui le portaient à espérer : Lorenzo, Alberto, Schlume, Steinlauf.

• Le dernier chapitre joue le rôle d’une régénération : « il nous était impossible de croire que de la fosse du Lager ne dut pas naître un monde meilleur ». L’ouvrage se termine d’ailleurs sur une note optimiste, avec l’annonce des retrouvailles futures entre Charles et Primo : foi en l’amitié.

• Levi était persuadé que le Lager pouvait et devait trouver un sens, en devenant un exemple de ce qui s’était passé et qui ne devait jamais se dérouler de nouveau : devoir de mémoire.

•Enfin, foi intense chez Levi en les valeurs humanistes, celle de la raison, de la mesure, de la réflexion qui devaient triompher de la folie nazie.


CONCLUSION : on pouvait opposer l’optimisme et la relative sérénité de l’œuvre au programme à d’autres œuvres nettement plus pessimistes de Levi : sa poésie A une heure incertaine ou Les Naufragés et les Rescapés.

 

 

Importance et signification du chapitre 9 dans l'oeuvre

Le sujet n’est pas problématique. Le pire écueil (rarement évité) était de se contenter de résumer le chapitre, de le paraphraser. Il ne s’agit pas tant de se demander de quoi il parle que de s’interroger sur sa place, sa structure, son ton, l’importance de son thème, etc.. Un plan : importance / signification aurait été maladroit (l’un ne va pas sans l’autre).
On pouvait poser une problématique en se rappelant que ce chapitre occupe la place centrale dans l’œuvre et se demander : En quoi le chapitre 9 occupe-t-il une place centrale dans l’œuvre ?


I. Une place centrale dans la structure de l’œuvre

• Le titre italien du chapitre : « naufragés et rescapés » avait été choisi par Levi comme premier titre.

• Explication du titre.

• Le chapitre 9 est à la croisée du chemin de Primo Levi : de musulman à prominent .



II. Une place centrale car révélatrice de la méthode du chimiste Levi

• Le chapitre 9 est emblématique de la dimension scientifique de l’écriture de Levi.

• Le chapitre se structure comme une expérience : annonce de l’expérience / annonce de la théorie / mise en pratique par des exemples emblématiques.

• L’énonciation est neutre : pas de compassion quand les musulmans sont évoqués, utilisation du nous, pas d’indignation pour les quatre rescapés.

• Regard d’entomologiste sur les cas des « élus ».



III. Une place centrale dans la réflexion morale de Levi

• Une distinction essentielle : les élus et les damnés. Souligner l’ironie du termes élus car les élus survivent mais au prix d’une intense déchéance morale.

• Elaboration du concept de « zone grise » qui a permis de sortir du schématisme victime / bourreaux.

• Thème qui sera ensuite développé et théorisé dans la suite de l’œuvre et notamment dans le dernier livre de Levi qui porte le titre de ce chapitre.




Primo Levi a défini le Lager comme « le plus menaçant des monstres engendrés par le sommeil de la raison ». En quoi votre lecture de Si c’est un homme permet-elle de justifier cette opinion ?

I. Une invention monstrueuse

• On remarquera que le terme « monstre » comporte une personnification. Or, dans Si c’est un homme Levi personnifie à de nombreuses reprises le Lager et la Buna, ce qui en fait des êtres autonomes et dotés d’une vie propre. cf. la benne de la Buna ou la mort du camp.
(cette impression de vie du Lager est renforcé par son côté autonome. Les SS sont absents du camp, et tout se passe comme s’il fonctionnait seul)

• Les prisonniers sont totalement démunis face au Lager. Ils ne comprennent rien de ce qui se passe (cf. les langues) et subissent passivement : le moindre événement est vécu comme une menace.

• Le Lager est aussi monstrueux parce qu’il sort de la norme, qu’il dépasse en abomination les atrocités des guerres précédentes. Le Lager est hors de l’humain, contre nature.

• Enfin, le Lager est souvent envisagé dans une vision cauchemardesque comme une machine à broyer les hommes et à les réduire en cendres.

 

II. Où règne l’absurde

• Toutes les lois du camp sont une atteinte au bon sens et à la raison : cf. la loi qui autorise les taches de rouille mais pas celles de boue.

• La règle du camp est de ne jamais demander pourquoi (« ici, il n’ a pas de pourquoi»). cf. aussi le détenu qui a gravé au fond de sa gamelle : « ne pas chercher à comprendre ».

• Le Lager lui-même est géré de manière absurde. L’impératif économique semble perdu de vue : seuls les faibles travaillent, les sélections sont hasardeuses.

• On pouvait aussi penser à la folie géométrique que Levi développe.

 

III. Et « le sommeil de la raison » humaine

• Cette folie du Lager est la conséquence de la folie des hommes du troisième Reich qui ont perdu toute morale et toute raison (cf. Pannwitz qui résume à lui seul la folie du 3ème reich).

• Cette folie s’étend aussi aux civils, qui considèrent que la camp est une punition méritée et « prennent l’effet pour la cause »

• Le Lager a été engendré par le sommeil de la communauté internationale et la vie de Levi a été consacrée à la sensibilisation des jeunes générations car comme il le rappelle dans sa préface, le Lager part d’une vision faussée de l’homme mais se développe selon une chaîne rigoureuse et logique.


 

Caroline Veaux,
Lycée Frédéric Mistral, Avignon - juin 2002

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